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Le retrait du capital au moment du départ à la retraite est une erreur monumentale

Les prestations complémentaires versées par l'État vont exploser

Dr. Roman von Ah

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Économie

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« 45 % des personnes ayant perçu pour la première fois des prestations de prévoyance professionnelle en 2024 ont opté pour le versement en capital ; 19 % supplémentaires ont choisi une combinaison de rente et de capital. » Ces chiffres révèlent bien plus qu’un simple changement de préférences individuelles : ils marquent le début d’un problème de politique sociale dont les coûts ne se feront sentir qu’à terme. Alors que la Suisse débat de l’AVS, des coûts de la santé, des dépenses publiques et de l’assurance-invalidité, un risque reste peu pris en compte : si de plus en plus de capital est retiré du 2e pilier, la pression sur les prestations complémentaires s’accentuera par la suite.

« 45 % des personnes ayant perçu pour la première fois des prestations de prévoyance professionnelle en 2024 ont opté pour le versement en capital ; 19 % supplémentaires ont choisi une combinaison de rente et de capital. » Ces chiffres révèlent bien plus qu’un simple changement de préférences individuelles : ils marquent le début d’un problème de politique sociale dont les coûts ne se feront sentir qu’à terme. Alors que la Suisse débat de l’AVS, des coûts de la santé, des dépenses publiques et de l’assurance-invalidité, un risque reste peu pris en compte : si de plus en plus de capital est retiré du 2e pilier, la pression sur les prestations complémentaires s’accentuera par la suite.

Les prestations complémentaires par l'État

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Les prestations complémentaires par l'État vont exploser

Cela risque d’entraîner une redistribution silencieuse : la liberté individuelle dont on bénéficie aujourd’hui en retirant son capital se traduira demain par des coûts induits financés collectivement. Certes, celui qui retire son capital de vieillesse en assume formellement la responsabilité. Mais en réalité, cette responsabilité prend fin lorsque le patrimoine est épuisé et que le droit aux prestations complémentaires prend le relais.

À cela s’ajoutent des intérêts clairement définis. Pour les caisses de retraite, le retrait en capital est pratique, car les risques liés à la longévité disparaissent du bilan. Pour les compagnies d’assurance, les banques et les gestionnaires de fortune, il est attractif, car le capital de prévoyance se transforme en patrimoine privé pouvant faire l’objet de conseils et d’une gestion. Un prestataire de services financiers ne tire aucun profit d’une rente de caisse de retraite ; en revanche, il en tire souvent des bénéfices pendant des années grâce au capital investi. Pour les assurés individuels, le versement en capital est quant à lui attractif, car il promet une liberté de disposition maximale, la transmissibilité par héritage et une flexibilité à court terme.

C’est précisément là que réside la tragédie des biens communs : chaque groupe agit de manière compréhensible et rationnelle selon son propre point de vue. La caisse de retraite réduit ses risques, le prestataire de services financiers élargit son volume d’activité, l’assuré gagne en apparence en autonomie. Mais au final, c’est tout un système de protection collectif qui est sapé, et ce sont les citoyens qui devront plus tard en supporter les coûts de remise en état.

Le débat politique occulte largement ce lien. C’est précisément pour cette raison qu’il serait important de considérer les retraits de capital en forte augmentation issus du 2e pilier non seulement comme une question de liberté de choix individuelle, mais aussi comme un risque de financement futur pour l’État-providence.

Nous sommes très heureux que la NZZ ait abordé ce sujet et nous ait donné l'occasion d'exprimer nos réflexions dans la rubrique « Opinion & Débat » à travers un article d'opinion. Nous reproduisons ci-dessous le texte publié dans son intégralité ; vous trouverez également une copie au format PDF de l'article original en annexe.

NZZ-TRIBÜNE (5. August 2026)
Le retrait de capital en tant que risque individualisé

Tribune libre de ROMAN VON AH

Le retrait en capital dans le deuxième pilier devient la norme. En 2024, 45 % des nouveaux retraités ont choisi de se faire verser leur avoir de vieillesse exclusivement sous forme de capital, tandis que 19 % supplémentaires ont opté pour une formule mixte associant rente et capital. La tendance est à la forte hausse. Le capital offre flexibilité, marge de manœuvre, opportunités d’investissement, avantages fiscaux, possibilités de transmission successorale et la liberté de réaliser ses souhaits. Qui voudrait s’opposer à la liberté ? Le versement en capital est une bonne chose, car il apporte de la flexibilité ; la flexibilité est une bonne chose, car elle offre des possibilités de choix ; les possibilités de choix sont une bonne chose, car elles permettent des solutions personnalisées. Sans quantification, ces affirmations sont vides de sens.

La flexibilité n'a d'intérêt que si elle s'accompagne d'une stratégie solide en matière de prélèvements, d'investissements et de gestion des risques. La marge de manœuvre n'est utile que si elle ne se traduit pas par une consommation excessive, des placements malavisés ou une gestion de patrimoine coûteuse. Les opportunités d'investissement ne comptent que si, une fois pris en compte les frais, les impôts, l'inflation et les risques de marché, il reste un rendement supplémentaire adapté au risque. La transmission successorale suppose que le capital ne soit pas dépensé pour subvenir aux besoins quotidiens, faire face à une maladie ou financer des soins. La question n’est pas de savoir si le retrait de capital présente théoriquement des avantages. Bien sûr que oui. Mais plutôt dans quelle mesure il est réaliste de garantir ces avantages sur plusieurs décennies. Le retrait de capital signifie assurer soi-même sa prévoyance tout au long de la vie.

La rente de la caisse de retraite apporte une réponse collective à cette question. Elle regroupe les risques liés à la longévité, aux placements et aux aléas biométriques. Le versement en capital individualise ces risques. La prévoyance se transforme en gestion de patrimoine, la rente en compte-titres, et le revenu à vie en plan de retrait. Cela peut fonctionner ; toutefois, les exigences en matière de connaissances financières, de discipline, de faibles coûts, d’attentes de rendement réalistes et de réserves sont énormes. À cela s’ajoutent des conflits d’intérêts. Pour les caisses de retraite, le retrait en capital est attractif, car il élimine les risques liés à la longévité. Pour les prestataires de services financiers, il est attractif, car le capital de prévoyance se transforme en actifs sous gestion. Le conseiller ne tire aucun profit d’une rente ; en revanche, il en tire profit pendant des années grâce au capital investi. Cela ne rend pas le conseil mauvais, mais sa structure d’incitation nécessite des explications.

Quiconque épuise son capital de vieillesse ou l'investit de manière peu judicieuse et se retrouve plus tard sans ressources ne tombe pas dans le néant, mais dans le système des prestations complémentaires. Celles-ci ne doivent pas devenir une réassurance implicite des décisions individuelles de retrait de capital. D'un point de vue sociopolitique, cela reviendrait à privatiser les avantages et à socialiser les inconvénients. Tant qu’il dispose d’un capital, l’individu jouit d’une certaine liberté ; une fois celui-ci épuisé, ce sont l’AVS, les prestations complémentaires, les cantons, la Confédération et, une fois de plus, les jeunes générations qui paient. Tout retrait de capital n’est pas nécessairement une erreur. Lorsque le patrimoine de prévoyance est élevé et que la base de rente est solide, un retrait (partiel) peut être envisagé. Le retrait de capital, oui – mais pas au détriment de la garantie de subsistance à vie.

Une proposition simple : les retraits de capital, pour autant qu'ils soient autorisés, doivent être davantage limités ; les retraits (partiels) ne devraient être possibles que si la rente à vie est suffisamment élevée. Un seuil concret pourrait être fixé à 50 000 francs par an. Ceux qui ne disposent pas d'une rente viable ne doivent pas pouvoir transformer leur capital de vieillesse en une gestion de fortune privée dont l'échec serait ensuite financé par la collectivité.

Le deuxième pilier finance le revenu des personnes âgées tout au long de leur vie. Le versement sous forme de capital est présenté comme une liberté de choix. En réalité, il s'agit d'un pari sur la compétence financière, la stabilité des marchés, des coûts bas, la discipline, la santé et une espérance de vie pas trop longue. On peut prendre de tels paris à titre privé, mais il ne faut pas les subventionner par le biais d'un système de prévoyance collectif. Le versement en capital à la retraite n'est pas une alternative judicieuse à la rente, mais une erreur capitale. Il ne faut pas en faire la promotion, mais le limiter.

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